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tiburón

 

Tiburón


Tiburón, 2014-2015
Cinq panneaux, huile sur bois; 137 x 308 cm; élément sonore


I can’t stop pointing to the beauty
Jalâl ud Dîn Muhammad Rumi

Tiburón parle du grand requin blanc et de sa disparition potentielle liée à l’impact humain. Cette œuvre cherche à ouvrir des pistes de réflexion sur ce que l’on valorise et ce que l’on craint, et sur les raisons qui se cachent derrière. Mon intention n’est pas de romancer ni de démoniser les requins, mais plutôt de souligner l’unicité ainsi que la beauté primitive et obscure de cette espèce irremplaçable.

L’œuvre comprend un polyptyque de cinq panneaux verticaux, peints à l’huile sur bois, ainsi qu’un élément sonore. Le polyptyque mesure approximativement 137 x 308 cm (54" x 122"). Les fonds des panneaux sont peints de manière à suggérer le passage du jour à la nuit. Un grand requin blanc les traverse de droite à gauche. Quelques formes étranges – des œufs de requin – flottent à mi-chemin. Le regard du requin, ancien et plein de connaissance, semble suivre notre parcours dans la salle. Le mur du fond est peint d’un noir profond. Un banc est placé devant l’œuvre afin d’inciter la contemplation. Un Gospel traditionnel est déclenché par un détecteur de mouvement lorsque le spectateur entre dans la salle, afin d'évoquer une atmosphère de bienveillance ainsi qu’un sentiment de perte.

Née en Californie, j’ai grandi près de la mer. J’ai fait du surf sur les plages de l’océan Pacifique, en plein corridor de migration du grand requin blanc, et j’ai pratiqué la plongée dans la mer de Cortez, berceau du requin marteau. J’étais intimidée, parfois effrayée, par la possible présence de requins aux alentours. Maintenant ce qui me fait peur est leur absence potentielle de la terre, leur disparition. Quoique les humains soient rarement attaqués par des requins, des nombres insensés de requins sont tués par les hommes, par la pratique du « finning » et de la chasse aux trophées. Selon diverses estimations, leur population a décliné de 60 % à 90 % depuis les derniers 50 ans, comme tant de nos grands prédateurs.

Je continue de constater la peur de plusieurs envers les requins, surtout à cause du film Jaws et de documentaires shock sur les requins dits mangeurs d’hommes. Ceci me démontre à quel point la culture populaire peut influencer notre inconscient, et m’incite à contrebalancer ses effets avec un point de vue inhabituel. Avec Tiburón (requin, en espagnol), j’offre un deuxième regard sur cette créature légendaire, dans toute sa beauté et son péril.

Les requins sont des êtres anciens. Ils ont vagabondé dans les océans sous une forme ou une autre depuis la période jurassique. Ils ont peu de progénitures et se reproduisent lentement. Il reste donc deux questions : est-ce qu’ils survivront à notre génération? Et sinon, que ferons-nous sans eux?



© Anne Ashton 2011-2017